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Il était une fois une conteuse d'histoire farfouillant dans les émotions des enfants.

Mis à jour : avr. 13

Article écrit, pour l'institut Richner, par Natalia Lopez Pache, conteuse.


Je raconte des histoires aux enfants depuis ma première intervention professionnelle dans une école.

Je suis animatrice parascolaire, on me confie des enfants au meilleur moment de la journée, lors d’une grande période de récréation et de réjouissance culinaire.

Le monde de l’enfance m’apporte plus que je lui amène.

La joie, l’insouciance, le contentement, l’émotion à fleur de peau, et tant d’autres qualités que je retrouve à l’état pur chez les enfants que j’ai eu tout le loisir et le plaisir d’observer depuis près de vingt ans.

Ils sèment dans mon esprit de multiples questions dont une, fondamentale, propre au sujet qui nous intéresse ici :

A quel moment avons-nous décidé de ne plus avoir le temps d’être fascinés par des récits ou des contes remplacés aujourd’hui par l’audio-visuel et les supports numériques et médiatiques ?

Nous étions tous dotés pourtant de la formidable capacité d’entrer dans la dimension de l’imagination.

Cette aptitude à ouvrir la porte à des contrées lointaines, à des expériences vécues, celle de ressentir même les odeurs décrites dans les récits du narrateur.

Nous avons oublié.

Pour les petits d’homme, cette aptitude est très facile, accessible et excitante.

Il n’y a qu’une condition, le silence.

Lorsqu’il est établi, ils s’engouffrent dès la première phrase dans le monde que je veux bien leur raconter avec passion.

J’ai toujours derrière moi une ribambelle d’enfants me suppliant de leur raconter des histoires après manger.

Quelle drôle d’horaire n’est-ce pas ? Détrompez-vous !

L’estomac plein, dans une salle cosy, sur des gros poufs et serrés les uns contre les autres pendant qu’au dehors la pluie martèle les vitres, leurs petits yeux brillants sont avides de récits qui hérisseront le duvet de leur bras et de leur nuque.

Dans des conditions optimales, le silence, la lueur d’une chandelle, moletonnés dans des couvertures multicolores glanées dans des friperies, ils ne savent pas à quel point ce que je vois me ravit le cœur.

Un peu de musique inquiétante, je les scrute, comme si j’allais choisir un de ces petits malheureux pour en faire la victime de mon histoire. Ils ricanent lorsque je me met face à eux et que, la voix grave et très sérieuse, faisant mine de réfléchir, je leur dis :

- Oh non, celle-là je ne peux pas la raconter, elle fait trop peur, vous êtes trop jeunes…

Quel boucan de justifications et de « stoplait » intempestifs !

J’aime quand ils me supplient une histoire, j’ai l’impression d’avoir soustrait septante années à ce siècle de folie technologique.

Je m’adapte toujours à mon public, à leur âge, à leur sensibilité et à leur vécu.

Douze ans ce n’est pas huit, chaque âge a son niveau de frissons.

Pourquoi donc les effrayer ?me direz-vous pourquoi la peur ?

Je pense qu’écouter des histoires de peur dans un environnement sûr où rien ne peut leur arriver et écouter des scénarios effrayants, les analyser et attendre la fin du récit qui mène souvent à une conclusion sécurisante, à une solution, clôt la boucle de l’angoisse.

Le récit, s’il est bien étoffé et bien raconté, les fait tellement réfléchir et tergiverser que je pense, qu’en 2020, pousser les enfants à imaginer, c’est un cadeau.

Tout est matière à réflexion, pendant et après l’histoire :

- Pourquoi ?

- Est-ce que c’est possible ?

- Comment ne l’a-t-on pas retrouvé ?

- qu’est devenue la jeune fille ?

Et surtout surtout la sempiternelle question : Est-ce que c’est une histoire vraie ?

Là, ma réponse est toujours la même :

- cette histoire n’existait pas jusqu’à ce que j’ai décidé de vous la raconter il y a 30 minutes, soyez

tranquilles.

Malgré le fait que ce qu’ils ont entendu ait pu faire peur, j’ai pu constater qu’assister à l’activité que je propose procure aux enfants de grandes joies :

- celle du rassemblement, de l’unité : on a peur ensemble.

- la joie et l’impatience de l’inconnu, de la surprise : que va-t-elle nous raconter aujourd’hui ?

- la joie du privilège : après l’histoire, les enfants se la re-racontent en groupe et les absents boivent

leurs paroles et regrettent de ne pas avoir été là.

- la joie de la démystification. Ils savent que « purée s’ils ont flippé mais ouf ! c’est pour de

faux, ça n’existe pas » leur monde réconfortant leur permet de prendre des distances face à ce

qu’ils ont entendu.

- la joie d’avoir des histoires à raconter à leurs cousins pour les terroriser à leur tour.

Une conteuse à l’imagination fertile, des enfants avides de sensations, un silence inhabituel dans une école, des yeux exorbités, des petits ongles rongés, pas un mot, plus rien ne compte que la connexion et la solidarité entre courageux et pétochards.

Le conte commence et une variante infinie d’histoires.... n’est-ce pas presque effrayant ?



L'institut Richner remercie la conteuse Natalia Lopez Pache pour son article.

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